Une rue à soi

Une rue à soi

Création participative en déambulation dans l’espace public avec des habitantes


PROCHAINEMENT

APPEL A PARTICIPATION


Nous recherchons 8 femmes volontaires habitantes d'Aubervilliers pour participer à ce projet.

6 ateliers de 3h de préparation entre le 3 et le 28 mai 

2 déambulations le samedi 29 mai

Contactez-nous : cie.sapiensbrushing@gmail.com

Projet lauréat 2021

Pour une place égalitaire des femmes dans l’espace public


L’idée du projet est d’une part offrir aux habitantes un espace de créativité et de rencontre où se raconter, et d’autre part de rendre visible ces femmes qui circulent dans la ville en leur offrant un espace de parole et d’échange. Une rue à soi. Une sortie de la sphère privée et de l’anonymat pour aller à la rencontre d’autrui par l’espace de l’intime et de la créativité. Il s'agit également par la « mise en corps » de mettre en évidence l’habituelle invisibilité des femmes dans l'espace public et de s'interroger sur leur manque de représentation.


La compagnie Sapiens Brushing, en partenariat avec la Maison Pour Tous Roser, propose de créer avec des albertivilariennes une déambulation théâtralisée dans le quartier du Landy (MPT Roser) et Centre ville (place de la mairie et parc Stalingrad). Au cours d’ateliers menés en amont de cette déambulation, les comédiennes de la compagnie encadrent les participantes afin de les aider à déployer leur imaginaire, à se raconter, et à mettre en forme et en corps les récits qui découleront de ces rencontres. Les récits, qu’ils soient fictionnels ou autobiographiques, sont ensuite enregistrés.


Un parcours piéton est ensuite organisé à la manière d’une visite guidée au cours de laquelle les spectateurs, munis de casques audio qui leur seront fournis, sont guidés par les comédiennes de la compagnie. L’itinéraire est jalonné de plusieurs stations au cours desquelles les spectateurs seront invités à s’arrêter et à regarder dans telle ou telle direction. Ainsi le public pourra-t-il à chaque station observer une femme (qui est l’une des participantes) effectuant une action muette liée à son récit. Simultanément, un fichier audio pré-enregistré est diffusé dans les casques. Ce fichier est le récit de la participante que le spectateur regarde et qui lui parle au creux de l’oreille d’une expérience de vie, d’un souvenir, d’une confidence, d’un récit imaginaire, … Un intime qui se donne en partage au creux de l’oreille, dans l’espace public, et qui s’incarne poétiquement sous ses yeux.


Il y a la femme anonyme, que l’on croise dans la rue, sans la connaître, et dans l’oreille cette même femme livre une partie d’elle-même, et tout à coup nous la rencontrons, elle n’est plus anonyme.


A la suite du parcours déambulatoire, il sera proposé aux habitant.e.s l’ayant suivi un temps de rencontre installé à la MPT Roser. Ce moment permettra aux spectateurs de rencontrer les femmes dont ils auront entendu les histoires, d’entrer en échange avec elles. Il sera également propice à une discussion autour de la proposition artistique en elle-même et des questions qu’elle soulève, notamment celle de la place des femmes dans l’espace public à Aubervilliers.



Genèse du projet



Une rue à soi …

 

Dans Une Chambre à soi, Virginia Woolf dépeint il y a presque cent ans une condition féminine qui s’améliore extrêmement lentement. Elle démontre avec ironie comment le muselage créatif des femmes, « enfermées à l’intérieur de leur maison pendant des milliers d’années », a appauvri la littérature. Plus largement elle parle des contraintes liées au mariage, à la charge des enfants et du ménage, ne laissant pas aux femmes le temps de se consacrer à la créativité. Elle détaille les conditions matérielles limitant l’accès des femmes à cette dernière : difficulté pour les femmes à sortir seules pour s’ouvrir l’esprit, à s’installer à la terrasse d’un restaurant pour prendre le temps de réfléchir, à s’asseoir dans un parc à la recherche d’une idée. Flânant dans les allées de l’université fictive d’Oxbridge, Virginia Woolf devise : « n’est-ce pas quelquefois dans l’oisiveté, dans le rêve que la vérité noyée émerge quelque peu ? » Certes, et quelles femmes, mis à part une poignée de privilégiées, pouvaient se permettre, dans ce premier tiers du 20ème siècle, de déambuler seules comme elle le faisait ? Un parallèle évident avec notre époque et particulièrement avec la ville qui nous intéresse : quelles femmes peuvent aujourd’hui flâner en toute tranquillité dans l’espace urbain, à n’importe quelle heure, en toute liberté et sans peur d’être suivie, importunée ou pire ? Où se situe dès lors leur espace de créativité s’il ne peut pas non plus être niché dans leur appartement ?